Le théâtre de l’évidence : une voix pour l’opposition

Source:

Duett

« Une histoire sur vous, par vous, entre vous ; une histoire sur vous, par vous, entre vous » – que se soit celle de la princesse endormie ou du roi à la longue barbe. Deux médecins racontent le pays des oublieux. Au Liban. 

C’est de là que vient la Zoukak Theatre Company, qui, accompagnée d’autres artistes du monde arabe, faisait partie du festival international de performance « Voicing Resistance »à la Ballhaus Naunystrasse. 

En juin dernier, le festival a rassemblé des artistes du Caire, de Marrakech, de Jenin, de Ra- mallah, de Beyrouth ainsi que de Berlin, autour d’un thème qui n’a pas fait que le tour du monde arabe : la rébellion. Le printemps arabe ainsi que des mouvements comme Occupy sont le signe d’une quête globale de transformations sociétales. Comment cette quête se laisse t-elle mettre en scène au théâtre, c’est ce que nous montrent les travaux des différents artistes. Parmi eux, Laila Soliman du Caire, qui traite le sujet de la police et de la violence militaire dans son pays. 

Au travers de « Voicing Resistance », la danse, la performance, la musique et les récits se sont mélangés à des expériences personnelles avec la révolution, au quotidien de la révolte ainsi qu’au travail sur la résistance dans les pays arabes. 

Le théâtre comme plateforme politique 

L’endroit originel et traditionnel de la protestation reste la rue. Lors du festival « Voicing Resistance », la scène s’est pourtant faite support et lieu d’une certaine forme de révolte. Pour Maya Zbib de la Zoukak Theatre Company la révolte est nécessaire pour prendre position face à ce qui se passe, dans le monde, et dans nos vies : « Nous ne pouvons pas rester silencieux, et sans cesse attendre que nos politiciens nous dirigent. La scène est une plateforme particulièrement riche pour exprimer ses idées et ses pen- sées et pour communiquer avec le public. En tant que plateforme, la scène est plus forte que la politique. » Une scène commune et sociale pour des formes artistiques, que ce soit du théâtre, de la danse ou de la musique – c’est exactement cela que la Ballhaus Naunystrasse veut offrir à ces artistes. « Tous n’ont pas la possibilité d’accéder à une telle plateforme », explique Irina Szodruch. 

La Ballhaus se situe dans une tradition du théâtre post-migrant, et se trouve être, selon la commissaire du festival, l’endroit parfait pour « Voicing Resistance ». Selon elle, il est important que « le Ballhaus reste un point de rencontre, dans lequel tout les rôles sont permis. Le théâtre, ce n’est pas toujours une évidence ». La focalisation de « Voicing Resistance » sur le monde Arabe a un sens, considère Irina Szodruch. Même si elle peut s’imaginer une ouverture, un agrandissement, le plus important, selon elle, c’est cepen- dant la réitération. Dans un second temps on peut regarder quelles voies de la résistance peuvent être ajoutées. 

L’une de ces voies fût accordée aux histoires de « Silk Thread ». Maya Zbib y voit une forme de protestation, mais pas forcément contre ce qu’il passe actuellement dans le monde arabe. Pour analyser ce sujet il est encore trop tôt, selon la metteuse en scène, née à Beyrouth en 1981. « Cependant je trouve que nous faisons de la résistance, puisque nous parlons de formes précises de la société, qui nous ont été transmises à travers les années et les traditions – comme le fait d’être une femme, ou un homme. Parlez de ces choses-là signifie s’ouvrir, et cela signifie résister. » La peur de Maya Zbib, le public pourrait ne pas comprendre le contenu de la performance en Arabe, est injustifiée. Les images sur la scène sont fortes, inutiles de garder les yeux rivés sur les sous-titres pour comprendre de quoi il s’agit. D’un lieu à l’autre, d’histoire en histoire, la pièce nous transporte au travers du Baullhaus Naunystrasse : dans la cave, à travers la salle, sur la scène, dans le public. 

Jusqu’à ce qu’il vienne et qu’il l’embrasse 

En deux heures, les spectateurs traversent cinq pièces et onze scènes. Blanche-Neige est violée dans la forêt par un chauffeur avec des problèmes d’érection. La belle au bois dormant est sortie de son tombeau par de jeunes hommes qui la conduisent en moto à travers la contrée. Et dans une cuisine, deux femmes parlent de la mer. Des stéréotypes sur les hommes et les femmes, sortis de contes, de légendes ou de mythes, rencontrent des textes écrits par la Zoulak Company, fondée en 2006. Ils nous montrent que les conceptions de l’homme et de la femme, de la famille et de la vie, ne sont que des inventions. 

Elles parlent aussi du Liban, dans lequel le débat sur les disparus de la guerre civile n’a toujours pas eu lieu, dans lequel la loi contre la violence conjugale n’a toujours pas été reconnue. 

Maya Zbib critique le rôle de la femme, pas seulement dans son propre pays, mais aussi dans le reste du monde. « J’ai vécu en Eu- rope et je connais beaucoup d’Européens et de gens de l’Ouest. Je crois que la situation de la femme, ici aussi, n’est pas encore op- timale, que les inégalités persistent. Dans le monde entier il reste encore beaucoup à faire pour le rôle de la femme.» Sa propre société, Maya Zbib la voit marquée de l’héritage des traditions patriarchales.